Souvenez-vous : c’était en mai dernier; une annonce diffusée par l’ANPE créait la polémique. Celle-ci portant sur un emploi d’informaticien niveau Bac+2, spécialisé dans le développement Web, pour un salaire de 160 à 320 euros par mois, à Pondichéry, en Inde. Lors de la réalisation de notre dossier sur l’industrie IT indienne, en juillet dernier, j’ai notamment interrogé Vincent Spehner, co-fondateur de la société de développement Ruby on Rails thinkDRY, au sujet de cette annonce. Il comprend le modèle consistant à faire venir des talents français en Inde, mais pas de tels prix. Ecoutez-le.
Le “rétroshore”: oui, mais pas à n’importe quel prix…
L’Open Source gagne les métiers
La semaine dernière, j’animais une après-midi de conférences dans le cadre du salon Dématérialiser. S’y succédaient trois éditeurs de solutions de dématérialisation (Maarch, OpenBee et Nuxeo) ayant choisi l’Open Source pour distribuer leurs produits. L’existence d’une alternative libre aux traditionnelles solutions dites propriétaires est révélatrice de la mutation du modèle Open Source, qui essaime de plus en plus en dehors de son territoire historique, les logiciels d’infrastructure. En témoigne l’intégrateur et éditeur Maarch, qui vient de sortir une version 3 de sa solution d’archivage, marquée par une réorganisation en modules exposant des services. Avec, déjà, une solution dédiée à la gestion des courriers, utilisée par de nombreuses collectivités ou encore par la Caisse des dépôts et consignations.
“Personnalisation métier”
La mutation du modèle est encore plus claire avec Nuxeo, un éditeur Open Source de GED, qui, venu de la gestion de contenus Web, a redéveloppé sa plate-forme en Java il y a trois ans et demi pour en faire une solution plus généraliste, basée sur un référentiel documentaire (Core) et un framework de GED. “On package un certain nombre d’applications au-dessus de ces plates-formes, a expliqué à l’auditoire Eric Barroca, président du directoire de l’éditeur parisien. Avec des modules dédiés au digital asset management (DAM), au courrier, et au wikis/blogs. Et même deux “verticaux” métier, un pour la presse, le second pour la publication de contenus d’entreprise. Bref “une personnalisation métier d’une plate-forme éprouvée”, selon Eric Barroca. Une voie que devraient suivre d’autres éditeurs Open Source.
Panique sur la planète Mac : Steve Jobs absent de Macworld Expo 2009 ?
Fallait-il une rumeur de plus ? Après les produits – c’est une tradition avant Macworld Expo – c’est au tour de la non moins traditionnelle allocution de Steve Jobs en ouverture de la grand messe annuelle d’Apple de faire l’objet d’une rumeur. Elle est lancée par Daniel H. Steinberg qui, sur les blogs de l’éditeur O’Reilly, s’interroge : ira, ira pas ? L’auteur relève en particulier l’absence de référence au Keynote de Steve Jobs sur la page Web où IDG World Expo, l’organisateur de Macworld Expo, dresse l’inventaire des présentations programmées dans le cadre de l’événement. Et là, nulle trace de keynote animé par Steve Jobs.

Steve Jobs, lors de la présentation de l'iPhone, à Macworld Expo 2007
Un peu vite, Lionel, de MacBidouille, indique qu’il “y a certes bien une présentation d’ouverture, mais elle sera faite par David Pogue qui est un célèbre journaliste américain.” En fait, la présentation de David Pogue, le traditionnel Macworld Live!, c’est pour le mercredi matin, pas le mardi matin.
Pour le reste, si le programme ne fait pas mention de keynote de Steve Jobs, cette keynote est bien prévue dans les “packages” pour l’accès à l’expo et aux conférences; et le mardi, l’expo n’ouvre bien ses portes qu’à 11h du matin, contre 10h du matin le reste de la semaine. Le “créneau” horaire du Keynote est donc réservé. Enfin, lors de la validation de ma demande d’accréditation presse, il m’a été indiqué que mon badge me donnera accès au Keynote – ce qui n’a rien de systématique.
Bien sûr, tout cela ne confirme pas à 100 % qu’il y aura bien un keynote avec Steve Jobs. Mais, tout de même, cela laisse bien à penser qu’il y aura un keynote. Peut-être en revanche Apple n’a-t-il pas tranché sur l’orateur… Peut-être Tim Cook prépare-t-il sa première grande intervention publique ?
La guerre serait-elle déclarée entre Cisco et les grands des serveurs ?
Edouard (« Ed ») Bugnion, l’un des co-fondateurs et ex-CTO de VMWare était de passage à Paris à l’occasion de l’EMC Forum. Depuis le rachat de sa start-up Nuova Systems par Cisco, cet expert de la virtualisation est en charge de la division accès serveur et virtualisation de Cisco, qui inclut notamment les produits comme les Cisco Nexus (physiques et virtuels) ainsi que l’orchestrateur Vframe (issu du rachat de Topspin).
Au cours d’un entretien, je lui ai demandé pourquoi VMware s’était vendu à EMC plutôt qu’à Cisco, alors que lui même présentait l’hyperviseur comme un outil de gestion de la bande passante CPU, de la bande passante mémoire et de la bande passante I/O. Cisco lui disais-je était un tantinet plus spécialiste des questions de bande passante qu’EMC. Poliment, Edouard m’a souri et expliqué que n’étant plus salarié de Vmware, sa position ne lui permettait pas de répondre à la question. Mais il a confirmé sa vision de l’hyperviseur en tant que gestionnaire de « bande passante » et l’intention de Cisco de participer à la bonne gestion de cette bande passante (le commutateur virtuel Nexus 1000 étant un exemple de ce que peut apporter le géant des réseaux).
Bataille pour le contrôle des entrées-sorties
L’irruption des hyperviseurs dans le paysage informatique x86 a relancé une bataille qui couvait depuis quelques temps entre Cisco et les grands constructeurs. En rendant flou la barrière entre serveur et réseau, l’hyperviseur ouvre un champ de bataille entre les géants des serveurs et le géant des réseaux. Naturellement, les premiers veulent tirer parti de la virtualisation pour s’attaquer à la question des entrées/sorties. Et avec la virtualisation et les serveurs lames, ils ont la possibilité d’embarquer dans leurs chassis des capacités de commutation et de gestion d’I/O qui viennent marcher sur les plates-bandes traditionnelles de Cisco (sans compter que la virtualisation ourve la porte à une réduction drastique du nombre de ports, ce qui menace aussi le marché Ethernet traditionnel de Cisco).
De son côté Cisco voit dans la virtualisation une opportunité d’étendre son emprise sur le réseau à la gestion des I/O dans le serveur. La technologie SR-IOV (Single Root I/O Virtualization) et a fortiori la technologie MR-IOV (Multi-Root I/O Virtualization) sont autant d’opportunités pour Cisco de s’insérer plus profondément dans les serveurs. C’est d’ailleurs ce que confirme Bugnion. Reste que les constructeurs ne l’entendent pas forcément de cette oreille et que des grincements se font entendre notamment entre Cisco et HP.
Un châssis Cisco pour la virtualisation ?
Depuis ma discussion avec Edouard Bugnion, une rumeur a refait surface qui explique sans doute une partie de ces frictions : Cisco serait en train de mettre la dernière main à un châssis intégré, embarquant à la fois des capacités de commutation, des lames serveurs et des capacités de virtualisation. La nouvelle ne serait qu’une demi-surprise, puisque Nuova travaillait semble-t-il sur ce genre de système avant son rachat par Cisco. «Notre mission est d’améliorer l’efficacité totale des système en fournissant des solutions pour datacenter qui garantissent la consolidation des I/O et la convergence des fabriques réseaux, serveurs et SAN », indiquait autrefois le site de Nuova. Reste à savoir si la rumeur se confirmera (Vmworld Europe à Cannes pourrait être instructif) et en quoi l’éventuel système développé par Cisco sera un concurrent pour les châssis des grands du serveur. Une chose est certaine toutefois, d’après John Chambers : « Nuova devrait apporter une contribution précieuse à la transformation des opérations des datcenters ». J’attends avec impatience ma prochaine rencontre avec Edouard Bugnion à Cannes.
GPS, Google Earth… la localisation, un enjeu de sécurité nationale ?
Le GPS et, plus généralement, les services géographiques fins sont-ils indirectement menacés par le terrorisme ? En Inde, le débat est ouvert. Les terroristes responsables des attentats de Mumbai fin novembre se seraient servis de Google Earth pour procéder à des reconnaissances virtuelles. Un avocat de Mumbai a lancé une procédure pour demander l’exclusion complète du territoire indien de Google Earth, selon Time of India.
Ce n’est pas la première fois que le sujet est évoqué. – en Inde, et ailleurs. Déjà, en février dernier, le gouvernement indien et Google se sont accordés à limiter la définition des éléments visuels associés à des sites stratégiques. Mais que dire alors de Bhuvan, l’outil de cartographie par satellite, en préparation à centre indien de l’aérospatiale et qui doit fournir des images bien plus précises que celles proposées par Google ?
En Egypte, c’est la fonction GPS de l’iPhone qui sera désactivée. La réception GPS y resterait une prérogative exclusivement militaire.
Notez, je m’interroge parfois devant la précision de certaines photos satellites fournies par Google, à l’instar de celle-ci, qui correspond à une centrale nucléaire française. Et peut encore être agrandie d’un niveau de zoom, sans perte de netteté. Les photos fournies pour les centrales du Blayais et de Gravelines affichent en particulier un niveau de précision pour le moins étonnant. Sinon préoccupant et à tout le moins comparable sinon égal à celui que l’on peut obtenir pour Paris intramuros.
Offshore : plafond de verre ou miroir aux alouettes ?
Jusqu’à aujourd’hui, le discours dominant explique que le déplacement de l’emploi offshore – autrement dit la délocalisation de certaines fonctions IT – se heurtera à une asymptote, matérialisant l’impossibilité de déplacer en Inde ou ailleurs de nombreux emplois. Pourquoi ? Tout simplement parce que ces derniers nécessitent une proximité avec les équipes du donneur d’ordre. Selon les interlocuteurs, cette proportion d’emplois susceptibles de partir vers d’autres contrées serait limitée à 15 ou 20 % selon les estimations (un peu au doigt mouillé).
Une étude d’une société de conseil américaine, The Hackett Group, remet en cause ce dogme. Elle estime qu’un quart des emplois IT dans les 1000 premières entreprises du monde (le Global 1000, sociétés qui font un chiffre d’affaires annuel de plus de 5 milliards de dollars par an) pourrait partir offshore d’ici à 2010. S’y ajouteraient des emplois dans la finance, la gestion des RH et les approvisionnements (correspondant aux offres de BPO, Business Process Outsourcing, des prestataires). Soit un total de 350 000 postes en deux ans, dont la moitié dans l’IT.
No limit !
Et, pour The Hackett Group, si 25 % des emplois IT seront partis offshore dans les deux ans qui viennent, sur le long terme, cette proportion pourrait atteindre 60 %. Et même 80 % dans certaines entreprises. On est loin du plafond de verre évoqué en France. Bien sûr, sans réelle surprise, The Hackett Group voit la crise comme un accélérateur de l’offshore, vu par les directions générales comme un outil de “cost killing”. Selon le cabinet, les entreprises du Global 1000 font en moyenne déjà 16 millions de dollars par an d’économies grâce à l’offshore, la moitié sur le poste IT. Cette somme grimperait à 30 millions en 2010.
Bien sûr, je reste en règle générale très prudent face à ces études. Car, au-delà des chiffres eux mêmes, le pedigree de l’émetteur – ou dans certains cas du commanditaire – compte au moins autant. Là, il est bon de garder à l’esprit que The Hackett Group conseille les directions générales dans la transformation des entreprises, dans l’outsourcing et l’offshore notamment. On comprend mieux pourquoi Hackett ne voit pas quasiment pas de limite dans la délocalisation des emplois… Il faut bien appâter le chaland.
Opportunisme
Reste que ce type de cabinets disposent d’un boulevard devant lui. Si les DSI et les opérationnels freinent le développement de l’offshore – en tentant de le limiter à certaines tâches pour des questions d’efficacité quotidienne -, les sirènes de The Hackett Group et consorts risquent fort de trouver une oreille complaisante auprès des directions générales. Plusieurs millions d’économies (apparemment) facilement à portée de main, qui s’en priverait ? Et, comme lors de la précédente crise où l’externalisation massive de l’IT avait été imposée aux DSI, je ne suis pas sûr que les directions informatiques aient dans les années qui viennent le poids nécessaire pour résister aux pressions du “cost killing”. Quitte à faire courir un certain nombre de risques aux organisations.
A lire aussi : mon précédent billet sur l’offshore (bombe sociale à mèche lente ?)
Vite lu dans la presse indienne
- Après l’offensive terroriste de Mumbai, les entreprises IT renforcent la sécurité sur leurs campus. [HBL][HT] Les événements ont notamment rappelé de mauvais souvenirs à Hyderabad. Infosys, Microsoft ou encore Satyam, pour n’évoquer qu’eux, auraient largement raffermi la sécurité physique de leurs installations. Les ventes de matériels de sécurité – caméra, détecteurs de métaux, etc. – seraient au beau fixe. [ToI] Bluffées par le niveau de sophistication des attaques de Mumbai, les entreprises du secteur marchand demandent de l’aide pour sécuriser leurs installations. [IE] Reste que la menace semble généralisée : alors que les aéroports indiens ont été placés en alerte maximale, un coup de fil anonyme vient de menacer d’attentats à Bangalore. [TH]
- Les SEZ, ces zones à fiscalité réduite continuent d’être l’objet de débats en Inde. De nombreuses entreprises IT s’y sont implantées pour profiter de niveaux d’imposition réduits. Mais pas encore assez. Ainsi, les administrateurs des SEZ militent-ils actuellement pour que l’imposition sur les revenus des sociétés implantées en SEZ ne soit plus calculé que sur le CA généré dans les SEZ, un CA à dissocier donc de celui généré par les autres implantations éventuelles. [BS] L’Inde compte 531 SEZ pour environ 20 Md€ d’exportations attendus pour l’exercice fiscal 2008-2009. Mais la crise économique mondiale contribuerait au ralentissement de certains projets de nouvelles SEZ. [BS] Quoique. Au Tamil Nadu (Chennai), de nouvelles SEZ devraient attirer jusqu’à 39 M€ d’investissements. [BS] Les parcs technologiques de Madurai et Tiruchi, situés en SEZ, seraient déjà pleinement réservés. [TH] Mais au Kerala, les entreprises du GTech, installées en Technopark, veulent obtenir du gouvernement une réduction de leurs loyers ; ils seraient 15 % plus chers qu’à Bangalore ou Chennai. [BS]
- L’Inde s’apprête à réviser sa législation, datant de 2000, afin de pénaliser la cybercriminalité. Jusqu’à la pédopornographie sur Internet. [ET] L’Inde devrait adopter la même ligne que l’Union Européenne.
- L’Inde aussi se met à l’heure des campagnes électorales sur Internet. [IBN] Il faut dire que, même si elle souffre notamment d’infrastructures défiantes pour fournir largement des accès à Internet à haut débit, l’Inde se place au quatrième rang des nations mondiales en nombre d’internautes. [ITE] Le nombre d’adresses IP utilisées en Inde aurait progressé de 23 % à 2,6 millions, au troisième trimestre 2008. [HBL] Et pour aider la croissance, l’opérateur public BSNL propose un ordinateur pour 62 $ en plus d’un abonnement à Internet. [ITE]
- Une belle opportunité en vue pour les SSII : l’Etat de l’Haryana veut informatiser la gestion de sa fiscalité. Un projet à plus de 600 MRs. [FE] Autre opportunité en vue : l’informatisation des industriels de l’énergie, programmé pour l’horizon 2012. [BS] Et il faut ajouter à cela les projets des banques chinoises de multiplication des distributeurs automatiques de billets. [ITE]
- Le retournement de conjoncture ne fait pas que des malheureux. Alors que ingénieurs tous frais émoulus des instituts indiens de technologie (IIT) commenceraient à peiner à trouver place au sein des grandes SSII locales, les startups en profiter pour recruter à bon compte. [BS] Au Punjab, les licenciements ont néanmoins commencé. [FE] Dans l’IIT d’Hyderabad, les cours de .Net, SharePoint, Oracle et SQL Server commencent à voir baisser leurs effectifs. [HBL]
- L’inflation continue son reflux, à un peu plus de 8 % sur un an. [NewsX] Mais la croissance aussi ralentit, à 7,6 % au second trimestre de l’exercice fiscal en cours. [ToI]
- La situation reste mauvaise sur le front de l’électricité. L’état du Tamil Nadu (Chennai) limite ainsi à 20h l’approvisionnement par le réseau des industries. Et a réduit de 40 % leur autorisation de consommation. [FE] La situation n’est guère meilleure du côté d’Hyderabad. [TH] Ou encore au Karnataka (Bangalore) où il faut compter avec 2h de coupure par jour, en ville, et jusqu’à 12h dans les villages. [ITE]
- La portabilité du numéro fait à son tour, après la 3G, les frais des tensions entre le régulateur indien et le ministère local des télécommunications. Tous deux ne cachent plus leur désaccord sur la procédure à mettre en place. [HBL] Reste que, en 2010, l’Inde devrait compter 500 millions d’utilisateurs du téléphone mobile, contre 325 millions aujourd’hui. [HBL] Pour un chiffre d’affaires de 54 Md$ en 2012. [HBL] Les enchères pour les licences 3G doivent commencer en décembre ; les opérateurs publics MTNL et BSNL devraient pouvoir ouvrir leurs services dès mars 2009. [NewsX] Pour WiMax, le processus devrait s’achever en janvier. [HBL]
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