“Intel accuse la commission européenne d’abus de position dominante. Selon un porte-parole du numéro un mondial des semiconducteurs, la commission aurait abusé de son monopole sur le marché des poursuites antitrust en daignant remettre en cause certaines de ses pratiques (passées ?). Intel requiert donc la scission de l’Union Européenne et le retour à une Europe fragmentée en 25 pays afin de pouvoir opérer selon ses désirs”. Un texte surréaliste ? En fait pas vraiment, si on ajoute un peu de piment aux récentes déclarations de la firme et si l’on s’en tient aux récentes actions juridiques du géant des processeurs.

Les lecteurs habituels de ce blog me feront remarquer cela n’a rien à voir avec la virtualisation. C’est vrai, mais j’avoue avoir eu du mal à résister à écrire ce billet après avoir lu les reproches formulés par Intel à la Commission Européenne. Empruntant un chapitre de la bataille Microsoft vs UE, le fondeur s’est en effet lancé dans une guérilla juridique périlleuse face à la Commission, qui lui cherche des poux pour des pratiques commerciales pas très catholiques visant à fermer le marché à son concurrent AMD. 

Depuis plusieurs années l’UE surveille Intel de près, mais elle n’avais jamais réellement pu recueillir de preuves sur ses abus de position dominante supposés. En juillet dernier, sur la base d’informations transmises par l’Allemagne (suite à une plainte d’AMD), l’UE a lancé une nouvelle vague d’enquête sur Intel et a notifié le géant de ses griefs. La Commission a notamment accusé le fondeur d’avoir payé un distributeur européen de PC (en l’occurrence MediaMarkt/Saturn une filiale du géant allemand de la distribution Metro) pour le décourager de vendre des PC à base de puces AMD et d’avoir payé un constructeur pour retarder le lancement d’un PC à base de puce de son concurrent et adopter ses propres puces de façon préférentielle. Intel contrôlant plus de 80% du marché des processeurs pour PC et serveurs, la commission assimile ces pratiques à un abus de position dominante.

La stratégie du Caliméro…

A l’époque, la Commission a donné deux mois au fondeur californien pour répondre aux charges formulées à son encontre. Mais depuis, Intel se fait tirer l’oreille. Non seulement il refuse de fournir les documents requis par la Commission, mais il a fait appel auprès de la cour de justice de Luxembourg pour se plaindre d’un traitement injuste. En l’occurrence, Intel souhaiterait avoir accès aux éléments de dossiers fournis par AMD qui ont déclenché la nouvelle vague d’enquête de l’UE. Intel n’ayant pas justifié sa demande de façon satisfaisante la Commission lui a refusé l’accès à ces documents. Depuis, le fondeur accuse l’autorité européenne de partialité. Cette attaque sur la forme ne semble toutefois pas de nature à changer le fond : les pratiques mises en lumière par la Commission ne font que mettre au jour un secret de polichinelle : l’usage par Intel de sa puissance financière pour mettre des bâtons dans les roues de son petit concurrent.

Dans ce contexte, la stratégie de défense d’Intel pourrait s’avérer dangereuse et coûteuse. A trop tirer sur la corde, Brad Smith, le directeur des affaires juridiques de Microsoft a coûté plusieurs milliards à l’éditeur pour n’avoir pas su quand rendre les armes et se plier de bonne grâce aux demandes des autorités de la concurrence. Intel risque lui aussi de payer cher sa résistance (le fondeur risque une amende allant jusqu’à 10% de son CA, soit plus de 2,5 Md$). Au fait Brad Smith chez Intel s’écrit Bruce Sewell…

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