Edouard (« Ed ») Bugnion, l’un des co-fondateurs et ex-CTO de VMWare était de passage à Paris à l’occasion de l’EMC Forum. Depuis le rachat de sa start-up Nuova Systems par Cisco, cet expert de la virtualisation est en charge de la division accès serveur et virtualisation de Cisco, qui inclut notamment les produits comme les Cisco Nexus (physiques et virtuels) ainsi que l’orchestrateur Vframe (issu du rachat de Topspin).

Au cours d’un entretien, je lui ai demandé pourquoi VMware s’était vendu à EMC plutôt qu’à Cisco, alors que lui même présentait l’hyperviseur comme un outil de gestion de la bande passante CPU, de la bande passante mémoire et de la bande passante I/O. Cisco lui disais-je était un tantinet plus spécialiste des questions de bande passante qu’EMC. Poliment, Edouard m’a souri et expliqué que n’étant plus salarié de Vmware, sa position ne lui permettait pas de répondre à la question. Mais il a confirmé sa vision de l’hyperviseur en tant que gestionnaire de « bande passante » et l’intention de Cisco de participer à la bonne gestion de cette bande passante (le commutateur virtuel Nexus 1000 étant un exemple de ce que peut apporter le géant des réseaux).

Bataille pour le contrôle des entrées-sorties

L’irruption des hyperviseurs dans le paysage informatique x86 a relancé une bataille qui couvait depuis quelques temps entre Cisco et les grands constructeurs. En rendant flou la barrière entre serveur et réseau, l’hyperviseur ouvre un champ de bataille entre les géants des serveurs et le géant des réseaux. Naturellement, les premiers veulent tirer parti de la virtualisation pour s’attaquer à la question des entrées/sorties. Et avec la virtualisation et les serveurs lames, ils ont la possibilité d’embarquer dans leurs chassis des capacités de commutation et de gestion d’I/O qui viennent marcher sur les plates-bandes traditionnelles de Cisco (sans compter que la virtualisation ourve la porte à une réduction drastique du nombre de ports, ce qui menace aussi le marché Ethernet traditionnel de Cisco).

De son côté Cisco voit dans la virtualisation une opportunité d’étendre son emprise sur le réseau à la gestion des I/O dans le serveur. La technologie SR-IOV (Single Root I/O Virtualization) et a fortiori la technologie MR-IOV (Multi-Root I/O Virtualization) sont autant d’opportunités pour Cisco de s’insérer plus profondément dans les serveurs. C’est d’ailleurs ce que confirme Bugnion. Reste que les constructeurs ne l’entendent pas forcément de cette oreille et que des grincements se font entendre notamment entre Cisco et HP.

Un châssis Cisco pour la virtualisation ?

Depuis ma discussion avec Edouard Bugnion, une rumeur a refait surface qui explique sans doute une partie de ces frictions : Cisco serait en train de mettre la dernière main à un châssis intégré, embarquant à la fois des capacités de commutation, des lames serveurs et des capacités de virtualisation. La nouvelle ne serait qu’une demi-surprise, puisque Nuova travaillait semble-t-il sur ce genre de système avant son rachat par Cisco. «Notre mission est d’améliorer l’efficacité totale des système en fournissant des solutions pour datacenter qui garantissent la consolidation des I/O et la convergence des fabriques réseaux, serveurs et SAN », indiquait autrefois le site de Nuova. Reste à savoir si la rumeur se confirmera (Vmworld Europe à Cannes pourrait être instructif) et en quoi l’éventuel système développé par Cisco sera un concurrent pour les châssis des grands du serveur. Une chose est certaine toutefois, d’après John Chambers : « Nuova devrait apporter une contribution précieuse à la transformation des opérations des datcenters ». J’attends avec impatience ma prochaine rencontre avec Edouard Bugnion à Cannes.

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