Depuis le rachat de Sybase par SAP, les analystes ont focalisé leur attention sur les perspectives en matière de mobilité qu’ouvre cet accord. Certes, en mettant la main sur iAnywhere, la filiale mobilité de Sybase, le premier éditeur européen récupère des outils d’infrastructure reconnus, comme la solution de gestion de flottes Afaria ou des bases de données embarquées. Rappelons que les deux éditeurs étaient déjà partenaires sur ce terrain, SAP exploitant la solution SUP (Sybase Unwired Platform) pour développer ses modules applicatifs mobiles (comme son CRM).
Mais le rachat recouvre surtout un aspect moins “sexy” sur le papier, mais peut être plus stratégique pour l’Allemand. Depuis plusieurs années, ce dernier travaille à ce qu’il présente comme sa vision de l’évolution des systèmes d’information d’entreprise : In-Memory. Le concept consiste à réarranger en colonnes les données et à les stocker directement en mémoire vive, en passant par des techniques de compression pour optimiser l’utilisation de la DRAM. En apparence, la technologie n’a rien de révolutionnaire : elle est largement employée dans le décisionnel pour améliorer les temps de traitement. Un des éditeurs les plus connus du domaine étant précisément… Sybase avec sa solution IQ, l’éditeur américain disposant de nombreuses applications en production, notamment dans le monde de la finance. Mais l’objectif de SAP est maintenant de porter ce concept venu du décisionnel vers le transactionnel.
Sybase IQ pour accélérer In-Memory
En 2009, Vishal Sikka, le directeur technique de l’éditeur, expliquait : “avec cette technologie, s’ouvre l’opportunité d’analyser des données à la volée, sans créer d’aggrégats. Une entreprise pourra ainsi réaliser une clôture de comptes à chaque fois qu’elle le souhaite. Cette capacité rendra les applications plus simples, et extensibles à la volée. Car on peut créer de nouvelles colonnes quand on le souhaite”. Reste que des doutes subsistaient quant à la capacité de l’éditeur à délivrer cette innovation sur son métier traditionnel, l’ERP (In-Memory étant déjà employé pour les entrepôts de données de certaines applications décisionnelles maison via les produits BW Accelerator et Explorer). Le rachat de Sybase IQ pourrait accélérer le processus. D’ailleurs, en ouverture de l’événement SAPphire, qui se tient du 17 au 19 mai simultanément à Francfort et à Orlando (Etats-Unis), Jim Hagemann Snabe, co-Pdg de l’éditeur, a expliqué, en réponse à une question sur le rachat de Sybase : “cette acquisition va nous aider à amener In-Memory plus rapidement sur le marché”. Sans plus de précision toutefois.
Pour l’heure, les avancées de SAP sur In-Memory reposent largement sur les travaux du Hasso Plattner Institute, un institut de recherche hébergé par l’Université de Postdam et à Palo Alto et financé par le co-fondateur de l’éditeur. Et, jusqu’alors, les analystes comme Ray Wang, associé au sein du cabinet Altimeter Group et spécialiste du marché des ERP, estimaient que la date de sortie des premières applications transactionnelles reconfigurées pour In-Memory devrait se situer aux environs de 2013 ou 2014. Le renfort de Sybase pourrait bien bousculer ce calendrier.
Remise en cause du pouvoir des SGBD, donc d’Oracle
Surtout, SAP est en passe de suspendre une épée de Damoclès au-dessus de la poule aux oeufs d’or d’Oracle : les bases de données et leur coût de maintenance. En effet, si In-Memory est essentiellement une surcouche de la base de données, où sera toujours gérée la persistance des données, la technologie n’en constitue pas moins une remise en cause du pouvoir des grands SGBD. Notamment pour la dimension performances, un domaine – l’optimisation – où, précisément, Oracle fait figure de référence. In-Memory, facteur de remise en cause de la suprématie des bases Oracle dans les grandes installations SAP ? L’éditeur allemand fait certes plus qu’y penser. D’autant que Sybase dispose également de son propre SGBD qui, a confirmé Jim Snabe, sera supporté par l’ERP Business Suite, le produit majeur de SAP. Pour Bill McDermott, l’autre co-Pdg de l’éditeur, “les bases de données Sybase associées à la technologie In-Memory amèneront une nouvelle alternative aux entreprises, leur donnant la possibilité de réduire leur coût de revient”. L’objectif est donc affiché. Et il vise directement à affaiblir le modèle économique du grand rival de l’Allemand.
Mais, si SAP a, avec cette nouvelle emplette, davantage de cartes en main pour imposer sa vision de l’avenir des applications d’entreprise, il lui reste toujours à vaincre la même difficulté : arriver à imposer ses nouveautés technologiques à une base installée frappée d’un certain immobilisme. Avec In-Memory, comme hier avec ECC 6.0 ou Netweaver, l’éditeur doit trouver le chemin pour accompagner ses clients vers ses dernières technologies. Un facteur particulièrement important, les applications SAP étant très proches du SGBD qu’il s’agisse d’Oracle ou de DB2 d’ailleurs. Et utilisent fréquemment des éléments non standards. Le travail sur la migration et la connectivité s’annonce donc important. Un domaine où, là encore, l’expertise de Sybase peut se révéler précieuse.



Alors, Wave pour l’univers professionnel ? Certes, la “démo” de Gravity est intéressante et constitue une réponse rapide à des besoins, comme ceux naissant lors d’une fusion entre deux entités (l’exemple choisi par SAP). “Jamais je n’aurai cru voir un jour un outil de gestion des processus métier sexy”, s’est amusé Lars Rasmussen, un des responsables du projet Wave chez Google présent à Vienne. Mais implanter le mode de fonctionnement de Wave – où tous les utilisateurs peuvent intervenir simultanément sur tous les objets d’un écran – dans le monde professionnel – et particulièrement en grand compte – reste un défi.


















