Vendredi, suite à un article intitulé “Logica : la route de l’Inde est la voie de sagesse“, un lecteur publiait un intéressant commentaire. Un jeune lecteur manifestement. En substance, s’y exprimaient des inquiétudes pour le début de carrière des ingénieurs frais émoulus de l’école. Des ingénieurs pour qui les SSII constituent un débouché important.
Ces inquiétudes me semblent pour le moins légitimes alors que trois des principales SSII européennes ont confirmé leur volonté de stabiliser leurs effectifs “occidentaux”, pour mettre la priorité sur le recrutement dans les pays à faible coût de main d’œuvre, particulièrement en Inde. Pour Capgemini, le directeur financier Nicolas Dufourcq expliquait en début de ce mois dans Les Echos : “Lorsque nous augmentons nos effectifs nets de 100 personnes, 98 d’entre elles proviennent de pays à bas coût”. Un chiffre qui frappe les esprits. Pour Atos, Philippe Germond confirmait lui aussi la même tendance lors de la récente assemblée générale de la SSII. Un point passé un peu inaperçu du fait de l’autre enjeu de cette réunion – le contrôle de la société -, mais qui là encore se traduisait par “un accroissement quasi nul des effectifs en Europe de l’ouest dans les années à venir”. Idem pour Logica, qui a confirmé, lors de la publication de ses résultats semestriels, la stabilité de ses forces en Europe.
En fait, le point soulevé dans ce commentaire amène sur la table plusieurs questions.
- La plus évidente tient au début de carrière des ingénieurs : si les SSII, notamment les grandes européennes Capgemini, Atos-Origin et Logica (l’ex Unilog), mais aussi des acteurs intermédiaires comme les françaises Steria ou Sopra, ferment les vannes du recrutement en Europe, pour déporter le maximum d’activité en Inde (une façon d’anticiper le ralentissement économique et les attentes des grands comptes du Vieux continent ?), nul doute que les effets se feront rapidement sentir à la sortie des écoles.
Pour l’heure ce phénomène reste indécelable. Et les ressentiments diffus. En forte croissance, les services informatiques recrutent massivement et l’informatique vit, en cette rentrée 2008, une situation proche du plein emploi. Mais que se passera-t-il si la croissance du secteur vient à mollir, ce qui, compte tenu de l’environnement économique, est prévisible ? Et que, d’une part, les grands comptes réclament à leur prestataire plus d’offshore pour réduire un peu plus encore lers coûts ? Tandis que, d’autre part, les mêmes grands comptes stoppent la chasse aux profils qu’ils opèrent depuis de nombreux mois déjà dans les rangs de leurs prestataires pour compenser le départ en retraite de leurs baby-boomers ? Moins d’entrées dans la profession des services, moins de sorties vers les donneurs d’ordre : réunis, ces deux ingrédients constituent une menace claire pour l’évolution de l’emploi. Où, à tout le moins, un risque de voir les jeunes se détourner un peu plus des métiers des services informatiques.
- Moins immédiat, mais aussi plus pernicieux, le déport vers l’Inde des profils de “production” (notamment le développement et la TMA) remet en question les parcours habituels proposés par les SSII. Où, habituellement, on commence développeur pour passer (si possible assez vite) chef de projet. Mais, avec l’industrialisation de la profession, ce schéma tend à devenir obsolète. De quoi remettre en cause les premières étapes de la vie professionnelle des ingénieurs débutants, un question clef tant pour les SSII que pour ces professionnels appelés à “manager” des activités dans la suite de leur vie professionnelle. Or, les formations ont-elles pris en compte ces évolutions ? Or, la profession a -t-elle réfléchi à ces questions ? Pas suffisamment à mon sens.
De quoi attiser les inquiétudes des jeunes informaticiens, véritable avant-garde de la mondialisation des services entraînée dans des bouleversements très (trop ?) rapides sans que leur environnement traditionnel ne s’adapte réellement à ces changements de contexte.
Références externes
- reference #1
http://www.lemagit.fr/article/ssii-offshore-resultats-logica/953/1/logica-route-inde-est-voie-sagesse/ - reference #2
http://www.lemagit.fr/article/ssii-atos-offshore-inde/559/1/atos-apres-psychodrame-consensus-moins-ses-apparences/ - reference #3
http://www.lemagit.fr/article/ssii-atos/413/1/atos-origin-ajournee-les-fonds-doivent-patienter-pour-imposer/ - reference #4
http://www.lemagit.fr/article/munci-emploi-informaticiens-chomage/943/1/emploi-chomeurs-chez-les-informaticiens/























Mon point de vue est celui d’un manager.
J’ai un vécu à la fois dans l’Industrie, en SSII et sur de l’offshore.
Le mouvement qu’il s’agisse de SSII ou non est avant tout financier : l’informatique est un centre de coût quand il s’agit d’une DSI, il faut alors que le service soit assurer au “meilleur” coût (pas forcément le plus faible mais celui qui permet d’assurer un meilleur service avec la même quantité d’argent – pour info : 1 ETP Français = 2,5 ETP aux Magrebh); l’informatique est un centre de profit quand il s’agit de centre de PRODUCTION, il faut alors que le coût de production soit le plus bas en assurant la même qualité.
Nous sommes dans l’ère Industrielle de l’informatique, tout comme l’a été le secteur automobile il y a 100 ans.
Les mouvements normatifs tels CMM-I, ITIL, etc… accélèrent le mouvement pour permettre une “standardisation”des manières de travailler. (Taylor n’aurait pas rêvé mieux…)
Si les jeunes développeurs ont peut être des questions à se poser concernant leur premier job, il faut que les écoles et universités (parfois trop loin de la réalité) expliquent que nous sommes de plein pied dans cette ère nouvelle de l’industrialisation et que le développeur est un Ouvrier Spécialisé, que le Chef de Projet devient de plus en plus un Contremaître.
Il reste néamoins, tout comme dans l’industrie des postes forts intéressants, axés sur la qualité (la production offshore doit être vu comme celle d’un fournisseur qui doit répondre à des exigences qualités et doit être contrôlée avant d’être intégrée), l’organisation (la mise en place d’équipes internationales n’est pas chose simple, j’en veux pour preuve qu’il existe peu de formation en France sur comment Offshoriser sa production!), la gestion des contrats internes/externes (SLA, OLA…).
C’est donc pour moi une mutation qui s’opère. Comme toute mutation, il y a ceux qui vont s’adapter : Ils sont les futurs managers mobiles qui auront une expérience vécue en offshore (sur place) et qui pourront organiser, coordonner le travail depuis l’Europe en comprenant les enjeux et les contraintes. Ils sont les experts AMOA qui comprendront le métier et seront capables de proposer des solutions d’organisation, techniques. Ils sont les techniciens de l’infrastructure avec un terrain de jeux qui s’appelle le Monde. Ils sont les formateurs qui iront expliquer (par webcam interposées) la culture, les exigences des clients au équipes disséminées sur les 5 continents…
Il y a donc à mes yeux des voies qui existent : il ne faut pas d’arc bouter sur un schéma qui consisterait à voir le secteur de l’informatique tel qu’il était il y a 5 ans.
Posez-vous la question : votre ordinateur, votre voiture, votre téléviseur, votre téléphone portable, votre micro-onde, toutes ces choses que nous avons voulu au travers de la société de consommation pour améliorer notre confort n’est pas aujourd’hui fabriqué à un seul endroit. Il suffit de lire les étiquettes “Made in…”, “Distribué par…”, “Assemblé en…”. Pourquoi pas les logiciels et les services ?