Dégraisser le mammouth informatique, nouvel objectif d'Eric Woerth ? (Photo : keepps)

Le ministère du Budget prépare sa deuxième conférence sur les déficits publics, nous apprennent les Echos du 8 mars. Une conférence où il sera question de réduire les dépenses publiques. Comme le soulignent nos confrères, si la réflexion initiale consistait essentiellement à réduire le volume des achats (baisse de 10 % sur trois ans, pour un périmètre de 10 Md€), le ministère du Budget lorgne désormais sur 30 Md€ de dépenses de l’Etat. Une extension qui touche notamment les budgets informatiques des différents ministères. Un domaine où chaque administration a, jusqu’à présent, disposé de son budget propre, de ses infrastructures et de ses équipes. Un domaine donc, où les gains qu’apporterait la mutualisation – ne serait-ce que par la mise en commun des datacenters – seraient colossaux. Sans oublier les économies de personnel, auxquelles doit penser le ministre Eric Woerth (et pas qu’en se rasant). Comme le remarquent Les Echos, à elle seule, la rémunération des informaticiens approche 1 Md€ par an.

Mutualiser les datacenters, partager les applicatifs

L’arrivée de cette thématique sur l’agenda du gouvernement français n’est pas réellement une surprise. Il figure depuis des mois déjà parmi les sujets politiques majeurs au Royaume-Uni. Comme je l’avais écrit en novembre dernier, le gouvernement britannique a rendu public un plan d’économies sur ses dépenses informatiques, plan qui s’inscrit dans le programme de réduction des déficits publics outre-Manche. Un plan centré autour d’un seul mot d’ordre : mutualisation.  “Le gouvernement britannique a bâti une infrastructure IT qui, dans bien des cas, duplique des solutions dans différentes parties de l’administration”, explique le rapport “Government ICT strategy”, qui fixe les grandes orientations du gouvernement d’ici à 2020. Le gouvernement Fillon n’a plus qu’à en faire un copier-coller. Car les pistes évoquées par le gouvernement de Sa Gracieuse Majesté sont largement applicables dans l’Hexagone, même si le recours aux prestataires et à l’externalisation y est moindre : réseau unifié, consolidation de datacenters, mise en place d’un cloud gouvernemental, magasin applicatif pour partager et réutiliser des applications, services ou composants, mutualisation des services eux-mêmes, postes de travail standardisés. Notons d’ailleurs que, outre-Atlantique, l’administration Obama explore également quelques-unes de ces pistes (notamment la consolidation de datacenters et la création d’un cloud gouvernemental).

Mutualisation par l’applicatif : des projets longs et hasardeux

Alors, bientôt la fin des baronnies informatiques dans l’Etat français ? Si le gouvernement décide d’avancer sur ce terrain, la réforme s’annonce complexe comme l’a montré le rapprochement difficile entre les informatiques de la Police Nationale et de la Gendarmerie. Pour l’instant, les tentatives de mutualisation en France tentent de contourner – en partie – les enjeux de pouvoir en se focalisant sur l’applicatif. Avec essentiellement Chorus, le projet de refonte du système comptable de l’Etat, et l’ONP, l’Opérateur national de paie appelé à couvrir toute l’administration d’Etat. Une voie hasardeuse pour dégager des économies. En juillet dernier, un rapport de la Milolf (Mission d’information de la commission des Finances sur la mise en œuvre de la LOLF, loi organique relative aux lois de finances) pointait la faiblesse des hypothèses de retour sur investissement qui ont présidé au lancement de Chorus. Rappelons que ce projet pharaonique doit coûter 1,1 Md€ sur la période 2006-2015. Hier, dans une lettre envoyée à Eric Woerth, la Cour des comptes a de plus mis sérieusement en doute le calendrier actuel de Chorus. Ce qui pourrait alourdir un peu plus la facture.

Faute de résultats rapides sur ce terrain, l’administration Woerth peut donc être tentée d’employer désormais des moyens plus directs, passant par davantage de mutualisation entre les DSI des ministères, tant au niveau des personnels que des infrastructures. Histoire de s’attaquer de front au dégraissage du mammouth IT de la machine étatique.

Références externes

  1. reference #1
    http://www.lemagit.fr/article/gouvernement-couts-production-cloud-computing-chorus-green-royaume-uni-datacenters-cloud-secteur%20public-grand-emprunt-onp-back-office/4958/1/it-back-office-grande-bretagne-mutualise-tous-crins-pour-economiser-par-exemple-pour-france/
  2. reference #2
    http://www.lemagit.fr/article/etats-unis-obama-budgets-datacenters-cloud-vivek-kundra/5490/1/etats-unis-obama-met-gouvernemental-sous-pression/
  3. reference #3
    http://www.lemagit.fr/article/saas-sopra-open-source-cloud-apps-gov-e-bourgogne-megalis-adullact-lutece/4283/1/le-cloud-prive-americain-modele-pour-administration-francaise-pas-simple/
  4. reference #4
    http://www.lemagit.fr/article/ibm-sap-steria-sopra-accenture-logica-contrat-etat-paie-onp-hraccess/4257/1/projets-paye-fonctionnaires-access-grille-politesse-sap/
  5. reference #5
    http://www.lemagit.fr/article/capgemini-france-sap-pgi-sopra-logica-chorus-etat-comptabilite-bearingpoint-onp-hraccess/4277/1/projet-chorus-tout-passe-aussi-mal-que-prevu/
  6. reference #6
    http://www.lemagit.fr/article/capgemini-sap-sopra-logica-chorus-legislation-budgets-bearingpoint-delais/5800/1/pour-cour-des-comptes-pharaonique-projet-chorus-sera-retard/

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