Hasard du calendrier, j’ai rencontré la semaine dernière deux anciens professionnels de l’édition traditionnelle (ou propriétaire), passés récemment dans le monde Open Source, et un représentant d’un des derniers grands éditeurs français, Cegid. A savoir :
John Newton, un ex de Documentum parti fonder l’éditeur Open Source de gestion de contenus Alfresco.
John Roberts, un ancien d’Epiphany qui a fondé un autre éditeur Open Source, SugarCRM.
Patrick Bertrand, le directeur général du Lyonnais Cegid et par ailleurs président de l’Afdel (Association française des éditeurs de logiciels).
Tous se sont exprimés sur le modèle de diffusion du logiciel via l’Open Source. Pour les deux premiers, l’Open Source est avant tout une façon de réduire drastiquement les dépenses en matière de marketing et d’avant-vente. “Le monde du logiciel est dominé par les gens du marketing et de la vente, pas par les ingénieurs”, explique en substance John Roberts. Qui prédit un effondrement de nombreux éditeurs traditionnels, incapables par temps de crise de “nourrir toutes leurs forces de vente déployées sur le terrain”. John Newton (Alfresco) souligne lui aussi les limites du modèle économique traditionnel. Il explique par exemple : “sur des affaires à 50 000 dollars, mes concurrents du monde propriétaire perdent de l’argent. Moi j’en gagne”. Là encore, la conséquence, selon Newton, de la débauche de moyens en avant-vente dans l’édition traditionnelle.
Les modernes contre les classiques
Pour ces deux néo-convertis de l’Open Source, le libre en revanche constitue un modèle quasi-darwinien pour le développement logiciel. Seuls les meilleurs applicatifs attirent suffisamment développeurs, puis utilisateurs, permettant à leur communauté de s’installer dans la durée.
Alors, l’Open Source est-il la révolution low cost du logiciel comme le sous-entendent ces deux bons connaisseurs des deux modèles ? La crise actuelle devrait certainement servir de révélateur et donner de premiers éléments de réponse.
Mais, pour Patrick Bertrand (Cegid), ce débat ressemble plutôt à la querelle des modernes contre les classiques. Pour synthétiser ce qu’il me disait la semaine dernière, les éditeurs Open Source, entités à but purement commercial et visant le profit comme le reconnaissent d’ailleurs sans ambages les deux John cités plus haut, se présentent comme des alternatives, en réaction au logiciel propriétaire. Pour, in fine, un coût global du projet similaire. Là où il marque des points, c’est qu’effectivement, les éditeurs Open Source ont une stratégie de marketing-communication (y compris auprès des journalistes bien sûr) basée sur l’idée de la rupture. Idée souvent séduisante et facile à “vendre”. Là où il en marque moins, c’est sur l’efficacité du modèle Open Source en matière de distribution des logiciels.
Post scriptum : la question de ce billet est intimement liée à celle de l’innovation dans le logiciel. Non pas l’innovation en termes de processus de développement (les apports de l’Open Source en la matière sont reconnus de tous), mais bien en termes de nouveautés fonctionnelles. Pour l’instant, en bonne alternative low cost, les éditeurs Open Source tendent à reproduire les grands applicatifs du monde propriétaire. Pas à inventer de nouveaux domaines.
Références externes
- reference #1
http://www.lemagit.fr/article/open-source-emc-ged-opentext-sharepoint-alfresco/1542/1/john-newton-alfresco-nous-sommes-unique-alternative-open-source-dans-gestion-contenus/ - reference #2
http://www.lemagit.fr/article/open-source-crm-salesforce-oracle-sugarcrm/1574/1/john-roberts-sugarcrm-etais-fatigue-logiciel-proprietaire/ - reference #3
http://www.lemagit.fr/article/pgi-cegid-crise/1558/1/patrick-bertrand-cegid-tous-les-dirigeants-sont-pied-sur-pedale-frein/























Pas tout-à-fait d’accord avec M. Bertrand sur le cout global de projet similaire. Ce n’est pas la réalité du terrain et les budgets consacrés à l’OSS n’augmenteraient pas si les clients étaient perdants. Pour la plupart des éditeurs traditionnels, les revenus de licences couvrent les couts Marketing et commerciaux, et la marge est réalisée sur les contrats de support. En vendant le logiciel différemment, les éditeurs OSS créent une rupture, comme les compagnies Low-cost lorsqu’elles vendent sur Internet pour réduire les couts de commercialisation. Cela changent les habitudes des clients, pour le plus grand bénéfice de ceux qui savent en profiter !