La crise va-t-elle être l’étincelle qui manquait à l’offshore pour exploser en France ? Et si oui, la croissance des prestations délocalisées ne va-t-elle pas couper la dynamique de l’emploi dans l’informatique en France ? Jusqu’à présent, le développement offshore des SSII françaises a été (relativement) bien accepté par les salariés. En tout cas peu de conflits majeurs me sont remontés aux oreilles… Si ces délocalisations se sont déroulées dans une relative indifférence, c’est que les tendances (en matière de recrutement et de salaires surtout) restaient largement positives dans l’Hexagone. Si cet équilibre devait être mis en péril par le ralentissement de l’activité, nul doute que les relations sociales chez les prestataires se feraient plus tendues sur la question des délocalisations.
Croisé récemment lors d’une conférence organisée par le Cebit, Frédéric Giron, directeur des études au cabinet Pierre Audoin Consultants (PAC), écartait cette hypothèse. Estimant, sur la base des prévisions de croissance de la dépense IT en France pour 2009 (+ 3,6 % pour les services), que la dynamique de l’emploi resterait positive.
“Avec la crise, nous avons revu nos chiffres de l’offshore légèrement à la hausse, explique Frédéric Giron, joint au téléphone ce jour. Même si les donneurs d’ordre veulent accélérer leur transition vers les pays à faible coût de main d’œuvre, ils mettront du temps”. Après avoir fixé la part des délocalisations à 4,8 % du marché des services en 2008, soit 1,2 milliards d’euros (voir schéma ci-contre pour la répartition géographique), PAC envisage une croissance de 45 % en 2009 (pour une part délocalisée passant à 6,8 % du marché des services). Soit sensiblement la même progression que celle que connaît l’offshore depuis plusieurs années.
Deux remarques toutefois. Si le taux de croissance reste inchangé, les volumes commencent à être significatifs. Une progression de 45 % sur la base des chiffres de 2008 représente près de 550 millions d’euros de plus pour l’offshore. Soit…. près de 10 000 équivalents temps plein (sur la base d’une facturation de 250 euros/jours) en plus en un an !
Dans une interview ce matin à la Lettre des placements, Pierre Pasquier de Sopra livrait des chiffres (de source PAC également) sur l’offshore indien qui laissaient aussi apparaître ce changement d’échelle. Le nombre d’équivalent temps plein en Inde travaillant sur des projets français devrait passer de 4 663 en 2007 à 16 000 en 2010. Soit alors “3,7% du chiffre d’affaires de notre profession”, explique Pierre Pasquier.
Scénario noir : la récession de la dépense IT
Même si certaines compétences sont menacées, cette croissance ne paraît donc pas devoir remettre en cause globalement la dynamique de l’emploi IT en France. C’est en tout cas aujourd’hui le consensus sur le marché. Sauf si…
Sauf si les prévisions continuent de se dégrader. Je note ainsi que, depuis la faillite de Lehman en septembre, les instituts d’étude (Forrester, Gartner ou PAC en France) ont graduellement revu à la baisse leurs anticipations pour 2009. Je note encore que le syndicat patronal Syntec Informatique a certes prévu une croissance du marché des logiciels et services pour la première moitié de 2009. Mais s’est gardé de livrer la moindre prédiction pour la fin de l’année.
Cette érosion graduelle des perspectives va-t-elle en rester là ? Plusieurs bons connaisseurs du marché – et de son histoire – que j’ai croisé récemment ne le pensent pas, et anticipent un recul de la dépense en 2009 et 2010 (je reviendrai sur le sujet prochainement). Si ce scénario noir devait se vérifier, une poursuite de la croissance des délocalisations – ou juste une stabilisation – se traduirait par… des licenciements en France. Dans une étude récente, Brice Thébaud, l’analyste financier chez Aurel Leven qui suit le marché IT, écrit : “en cas de mouvement violent, les SSII auraient à gérer la restructuration de leurs effectifs locaux qui serait d’autant plus délicate que le taux de départ de naturel devrait baisser au cours des prochains trimestres”. Le qualificatif “délicat” relève ici de la litote.
Références externes
- reference #1
http://www.lemagit.fr/article/cebit-ssii-depense-it-logiciel/1848/1/marche-croissance-tutti-riquiqui-fondamentaux-maousse-costaux/ - reference #2
http://www.lemagit.fr/article/ssii-depense-it-syntec-services-logiciels/1664/1/pour-syntec-les-logiciels-services-vont-resister-2009/






















