En lisant aujourd’hui l’enquête de mon confrère Valéry sur les raisons qui poussent les SSII indiennes à viser le marché européen (une enquête qui s’inscrit dans une série de reportages que nous publierons peu à peu, Valéry ayant effectué un reportage de trois semaines sur place), je repensais à des conversations précédentes avec des analystes du secteur. Car, voici seulement quelques mois, les prestataires indiens auraient déjà pu venir s’implanter en Europe. Et massivement, en s’offrant dans les pays du Vieux Continent de belles marques au cours de bourse anémique. Mais les Unilog (France), WM-Data (Suède) et autre Xansa (Grande-Bretagne) leur sont passés sous le nez, faisant le jeu de prestataires européens à la recherche de taille critique. A l’époque, m’expliquaient les analystes, les TCS, Wipro, Infosys et Satyam ne voulaient pas de ces emplettes, simplement pour ne pas diluer leurs marges avec celles de prestataires occidentaux travaillant à des rendements bien plus faibles. Ce qui aurait réduit d’autant leur mirifique cours de bourse. Stratégiquement discutable, financièrement imparable comme explication.
La pression des Indiens monte
Depuis de l’eau a coulé sous les ponts du Gange. La réduction des budgets des grands comptes américains (la moitié de l’activité des grands prestataires indiens souvent !), l’appréciation de la roupie face au dollar conduisent les acteurs du sous-continent, dont la croissance faiblit, à regarder ailleurs. Vers l’Europe donc. Le rachat de la Britannique Axon par Infosys, les intentions affichées de Wipro en Allemagne montrent que, cette fois, les couteaux sont sortis : les prestataires en place chez les grands comptes doivent s’attendre à une pression commerciale accrue des Indiens, éventuellement renforcés par des bataillons de profils haut de gamme achetés ça ou là.
Dans le même temps, comme en son temps le nuage de Tchernobyl, la crise des subprimes finira bien par avoir un impact sur les investissements IT en France. L’année 2009 inquiète dans les services informatiques. Une situation économique compliquée aiderait bien sûr beaucoup une direction générale à “tordre le bras” de son DSI, à l’obliger à prendre des décisions radicales qu’il juge aujourd’hui trop risquées. Donc à regarder vers l’Inde.
Les Européens ont anticipé
Ce que je remarque quand même, c’est que l’impact de ce double effet Kiss Cool a été anticipé par les SSII européennes. Suffisamment et assez vite ? C’est bien sûr la question. Mais les Capgemini (en achetant Kanbay), Atos-Origin, Logica, Steria (en achetant Xansa) et Sopra ont désormais des réponses. Plus ou moins abouties, certes. Plus ou moins développées, certes encore. Mais qui existent. On ne pourra donc pas leur reprocher d’avoir adopté la politique de l’autruche, qui aurait ouvert un boulevard à des Indiens en quête de nouveaux marchés.
Pour mémoire, selon le syndicat professionnel Syntec Informatique, l’offshore pesait 5 % du chiffre d’affaires des services en 2007, après une croissance comprise entre 40 et 50 % tant en 2006 qu’en 2007.
Références externes
- reference #1
http://www.lemagit.fr/article/ssii-inde-infosys-wipro-tcs-kpit/1123/1/les-ssii-indiennes-partent-conquete-europe/ - reference #2
http://www.lemagit.fr/article/ssii-internet-offshore-inde-3g/918/1/best-indi-les-meilleurs-moments-trois-semaines-reportage-inde/ - reference #3
http://www.lemagit.fr/article/ssii-sap-inde-infosys-europe-axon/1030/1/infosys-rsquo-ouvre-grand-les-portes-rsquo-europe - reference #4
http://www.lemagit.fr/article/ssii-inde-infosys-wipro/1078/1/wipro-cherche-specialiste-sap-allemagne/ - reference #5
http://www.lemagit.fr/article/ssii-depense-it-offshore/170/1/syntec-informatique-une-crise-quelle-crise/





















