Le billet de Reynald, avant hier, sur les carrières en SSII, m’a renvoyé à mes propres réflexions sur la formation des futurs ingénieurs français en informatique. Ces questionnements pourraient probablement s’étendre à d’autres pays occidentaux. Je vous les livre.

En marge de mon activité principale de journaliste, je donne des cours dans une école supérieure d’informatique. La plupart de mes élèves sont passionnés par l’informatique. Ils veulent en vivre et vivre au plus près de ses évolutions. D’une certaine façon, je n’ai pas mal à les comprendre. Mais voilà ce que je ne cesse de leur expliquer : “concentrez vos efforts sur les matières que vous pouvez considérer comme annexes, le droit, l’anglais, la gestion, les ressources humaines, etc. C’est sûr, vous serez bons en informatique en sortant de l’école. Quoi que vous fassiez, vous trouverez probablement du boulot. Mais si vous ne voulez pas vous retrouver dans un placard ou cantonné au rôle de pompier permanent du système d’information – voire des seuls postes de travail ; et c’est déjà en train de devenir de moins en moins drôle – vous aurez besoin de vous différencier. La différence, vous la ferez sur tout ce qui ne touche pas directement à l’informatique : le droit, l’anglais, la gestion, les ressources humaines, etc. Si vous êtes bon en anglais, on vous confiera peut-être des missions à l’international. Si vous êtes doué pour les ressources humaines et la gestion, vous pourrez prétendre à la gestion d’une équipe projet.”

Plus que jamais, j’ai le sentiment que l’informatique doit, dans les formations, retrouver sa place d’outil, de moyen, plutôt que de finalité. Bien sûr, les entreprises auront, encore longtemps, besoin de spécialistes. Mais compter dans leurs rangs sera de plus en plus difficile.

Centre de formation Ignite de TCS, Chennai

Centre de formation Ignite de TCS, Chennai

Du coup, je serais tenté de conseiller à ceux qui s’intéressent à l’informatique – comme Moën, le fils aîné d’un ami indien – de se lancer dans de longues études n’ayant strictement rien à voir avec l’informatique. Déjà, les SSII indiennes ouvrent des implantations dans des pays où la main d’œuvre est encore moins chère que dans le leur. Elles ne font que suivre l’exemple de leurs grandes sœurs occidentales. Au final, je pense que les meilleures places seront chères. Et qu’elles reviendront en priorité à ceux qui auront étudié tout autre chose que l’informatique – la géologie, pourquoi pas – et qui accepteront d’être recrutés par des SSII pour être formés à…  l’informatique afin d’apporter leur compétence métier à des projets très ciblés.

Les SSII indiennes ont déjà commencé à ouvrir des centres de formation dédiés à ce genre de recrues, à l’instar de TCS, avec son centre Ignite, à Chennai.

Si, vous aussi au sein d’un organisme de formation, dans une école d’ingénieur ou en SSII, vous vous intéressez à ces sujets, n’hésitez pas à nous faire parvenir – en commentaires ou par mail (à Reynald ou à moi) – vos points de vue sur ces questions.

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