Dans un contexte où le gouvernement cherche des économies budgétaires un peu partout, notamment du coté des niches fiscales, on s’attendait à un débat plus vif concernant les avantages de la loi ISF pour les PME/PMI. Ce ne fut pourtant pas le cas en ce qui concerne les avantages ISF  liés à l’investissement direct auprès des PME/PMI ou à travers des FCPI ou des holdings ISF. Pourtant, il y a beaucoup à dire sur le sujet. Bien sûr le dispositif draine chaque année  un milliard d’euros vers les PME/PMI mais on a bien du mal à évaluer le résultat  sur le développement économique.  Toutes les questions soulevées l’année passée restent posées. Est-ce que l’argent va bien au financement des jeunes entreprises ? Est-ce qu’il est intelligemment investi ? Est-ce que cela ne se substitue pas à des financements privés ou publics ? Est-ce que les holdings ISF sont bien gérées et avec quels frais de gestion ?  Pour l’instant les réponses n’existent pas et tout ce que l’on peut dire aujourd’hui, c’est qu’il y a plus de fonds spécialisés ISF que de fonds de capital risque impliqués dans le financement de l’innovation en France. En revanche,  un éco système s’est structuré.  Pour preuve, les nombreuses publicités des fonds ISF  que l’on découvre, chaque année entre mars et mai,  dans la presse économique et financière et qui tentent par tous les moyens d’attirer les contribuables. Parallèlement, une armée de rabatteurs (experts comptables, notaires, gestionnaires de patrimoine, banques privées…) œuvrent aussi à la collecte avec un discours désormais bien rodé. Un exemple ! Cette citation prise dans un prospectus d’une banque privée : «  ces investissements majorés de 33 % à 100 % par rapport à un chèque au Trésor, peuvent s’avérer d’excellents vecteurs de placement et de diversification ».

Quels sont les gains pour les contribuables et les entreprises depuis 3 ans ?

Pour l’instant les contribuables qui ont choisi d’investir dans une PME ou dans un fonds ISF n’en sont pas encore à calculer leur TRI (taux de retour sur investissement). C’est encore trop tôt. Ceux qui ont investi dans le passé,  à titre de l’impôt sur le revenu, dans un FCPI ou un FIP ont souvent constaté que le gain était minime voir souvent négatif. Cela devrait être identique pour l’investissement ISF avec peut-être des bonnes surprises quand on est très proche des fonds et bien impliqué dans les dossiers. En revanche, pour les entreprises, le résultat est clairement  en demi-teinte. En cette période de disette du crédit,  un entrepreneur à la recherche d’un deuxième tour de table n’a plus le choix qu’entre ces fonds ISF (qui veulent un TRI identique à celui du capital risque)  et OSEO.  Bien sûr il y a toujours la possibilité de s’adresser à des fonds liés à ces  réseaux  de business angels qui tentent, chaque année,  de rénover le capital risque français. Régulièrement de nouveaux venus font l’actualité du capital risque français. Ce sont souvent des entrepreneurs qui ont réussi et qui font à l’ouverture de leur fond d’investissement  la une des journaux économiques. Mais si les beaux dossiers dans ce capital risque là  se repassent avant tout « entre potes de la même bulle », ces fonds  plus ou moins bien  structurés parfois proches des fonds ISF n’ont pas véritablement   les moyens qui  leur permettraient de financer en capital risque  une filière de l’innovation.

ISF pour les PME : en faire  un outil plus qualitatif à coté des autres aides

Alors que l’on  reparle dans la presse  de l’attribution des aides au numérique dans le cadre du grand emprunt, il serait temps de dégager les voies d’un financement efficace de l’innovation et des technologies de l’information. Du coté de la création d’entreprise, les jeunes entrepreneurs ont à leur disposition une panoplie impressionnante d’aides  qui se substituent aux financements des banques. D’ailleurs, sans démagogie, il est surprenant de devoir  payer aujourd’hui entre 4 et 6 000 € en moyenne des intermédiaires pour monter un dossier et obtenir une des nombreuses aides disponibles : crédit d’impôt recherche, aide à l’exportation, JEI , OSEO… Cela  permet sans doute de maintenir des emplois tertiaires dans le 8ème arrondissement de Paris mais un guichet unique permettrait aussi de faciliter les démarches. Du coté du capital développement le  gouvernement semble avoir trouvé avec le FSI (le fonds stratégique d’investissement) un outil performant de refinancement des grandes PME/PMI françaises. A fin avril, le Fonds Stratégique d’Investissement, doté de 20 milliards d’euros, a investi en direct 1,23 milliard d’euros dans 28 entreprises employant 46.700 salariés. Au milieu de ces deux dispositifs en revanche, il n’y pas grand-chose.  Il reste donc  à imaginer le dispositif qui permettra de financer le « développement «  des jeunes PME/PMI et de densifier ce fameux réseau d’entreprises de tailles intermédiaires dont on parle tant.  Il y a un effet de levier à trouver avec la loi ISF sur l’investissement dans les PME/PMI. Il serait en effet  dommage de constater dans deux ans que l’on ait mal utilisé les 5 milliards levés.

Autres articles intéressants :