Tandis que les signaux convergent en faveur d’un rôle accru de la BCE ( Banque Centrale Européenne)  dans le cadre d’un plan de relance en Europe et que François Hollande dans un premier temps puis Nicolas Sarkozy en ont fait un thème de campagne dans le cadre de l’élection présidentielle, la question de l’utilisation de ces nouveaux moyens monétaires reste entière. Notamment dans la perspective d’une meilleure orientation vers les secteurs d’avenir et de l’innovation.

Dans le secteur du Capital Risque les inquiétudes se multiplient sur le financement de l’innovation en France. La fin programmée de  l’avantage fiscal des FCPI, qui vient à échéance en décembre, et le constat par l’AFIC (L’Association Française du Capital Risque) d’une augmentation constante depuis trois ans du déficit de financement soulèvent de véritables questions sur le financement de l’innovation en France, notamment des PME/PMI.  Sur ce segment, les investissements se sont tout juste maintenus en 2011, à 597 millions, et le nombre d’entreprises en portefeuille a chuté de 19 % à 371. Les investisseurs ont privilégié le capital-transmission et le capital développement plus sûr et plus rentable,  notamment quand il s’agit de grosses opérations.

Fin du Capital Risque à la française

Sur le premier trimestre 2012 les start-up françaises ont levé 129 millions d’euros auprès du capital-risque, selon le baromètre publié par « Capital Finance ».  Parmi ces fonds levés l’on retrouve 5 gros tours de table. Talentsoft (logiciels) a levé 10 M€, suivi de Entersome avec 8 M€ (biotechnologies), Pharnext  8 M€ également (biotechnologies), Comuto 7 M€ (internet) et E-Blink (Electronioque) 7 M€, soit au total 40,5 M€.  On ne peut donc pas dire que les circuits de financement de l’innovation et de l’amorçage ne marchent pas totalement. Mais premier constat : au regard de la taille des investissements, des tours de tables et de la dynamique des  sources de financement en amont il y a peu de chances que cela puisse créer un élan industriel rapide.  Et cela même avec l’aide appréciable dans un certain nombre de second ou troisième tour des pouvoirs publics comme Oséo ou le FSI (Fond Stratégique d’Investissement).

Second constat : quand l’innovation de l’entreprise  est financée comment la garder

Tout d’abord un fait marquant. Envivio annonce son entrée à la bourse de New-York (NASDAQ) où elle va introduire 7.750.000 actions au prix de 9 dollars, ce qui représente une valeur totale d’environ 70 millions de dollars. Basée à Rennes, où se situe son centre de R&D, et à San Francisco, où elle a installé son siège social, cette start-up issue des laboratoires bretons de France Télécom a développé des solutions destinées aux professionnels des télécoms et des médias leur permettant de distribuer des contenus vers des terminaux tels que les smartphones, les tablettes ou encore les décodeurs numériques. On doit d’ailleurs en partie à Envivio le développement de la norme technologique MPEG-4. Présente dans une cinquantaine de pays, Envivio revendique plus de 300 clients. La société dirigée par Julien Signès emploie une centaine de personnes en Bretagne où, outre les laboratoires de recherche, sont installés la direction marketing et le siège européen. Une vraie ETAI (entreprise de taille intermédiaire) au sens de la terminologie ministérielle mais qui ne devrait pas rester longtemps française au regard des expériences passées de Business Object ou d’autres acteurs qui ont mis un pied dans les circuits de financement des nouvelles technologies aux Etats-Unis.  En conséquence il est urgent de pouvoir offrir aux plus prometteuses un circuit de financement qui leur permette de grandir et de se développer tranquillement comme par exemple Dassault Système l’a fait dans le passé en prolongement des investissements dans l’aéronautique et l’automobile.  Cela va demander beaucoup de pragmatisme et de volonté. Regrouper les circuits de financement, orienter massivement  l’épargne des PEA vers les PMI et celle de l’immobilier vers l’innovation et la production, faire de Dassault Système un parrain de l’innovation, demander à Orange comme naguère quand il s’appelait  France Télécom de financer plus massivement l’innovation….  En clair bien utiliser rapidement l’argent de la BCE car désormais dans le financement de l’innovation les petits ruisseaux ne font plus les grandes rivières.

 

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